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Un sportif tout terrain

Il est difficile de dissocier la marque Ligier de l'homme qui l'a créée et lui a donné son nom. Alors que Guy Ligier s'est éteint le 23 août 2015, sa présence dans les ateliers de Magny-Cours est toujours palpable. La vie ne le destinait pourtant pas à devenir une des références françaises du sport automobile. Né le 12 juillet 1930 à Vichy, orphelin à 7 ans, garçon boucher puis entrepreneur de travaux publics, le jeune Guy se bat pour gravir l'échelle sociale tandis que le sport lui offre l'occasion d'exprimer une énergie débordante : le rugby tout d'abord qui va lui apprendre à encaisser les coups (ou quelquefois à les rendre), puis l'aviron, qui lui enseignera le sens de l'effort et de l'endurance, la moto ensuite qui lui fera apprécier vitesse et danger. Avec des succès dans chaque domaine. Outre une sérieuse carrière de talonneur au rugby, il compte en effet à son palmarès un titre de Champion de France d'Aviron en 1947 ou encore des titres de Champion de France Moto 500 cm3 en 1959 et 1960. Mais c'est le sport automobile qui va devenir sa véritable passion.

Un tempérament de guerrier

Ses débuts de pilote sont prometteurs. Il s'essaie à toutes les disciplines. En 1964 on le voit au volant d'une F2 et d'une Porsche 904 GTS aux 24 Heures du Mans. Une épreuve à laquelle il participera 8 fois. En 1966 il décroche en rallye un titre de Champion de France de catégorie. Entre 1966 et 1967, il dispute 12 Grands Prix de F1. Malgré quelques déboires et accidents son appétit semble sans limite mais pour cet entrepreneur dans l'âme, les succès de pilote ne suffisent pas. En 1968, avec son complice et coéquipier Jo Schlesser, il monte sa première écurie de monoplace en F2.

« Construire de bonnes voitures »

La mort de son ami Jo au Grand Prix de France le 7 juillet 1968 au cours de son premier Grand Prix de F1 à Grand-Couronne calme ses ardeurs de pilote et le met au défi de réaliser leur rêve : construire « de bonnes voitures ». Il délaisse la gestion de sa société de Travaux Publics et passe à l'acte. De 1970 à 1974 il poursuit sa carrière de pilote en endurance au volant de ses propres voitures. Des voitures qui portent toutes la dénomination JS, en hommage à son coéquipier et ami. Elles la portent encore.

Sa première voiture est construite près de Vichy, dans ses ateliers d'Abrest, qui restera sa base pendant une vingtaine d'années avant qu'il ne l'installe à Magny-Cours. Cette première voiture est destinée à la piste et à la route. Elle est présentée au Salon de l'Auto 1969. C'est la Ligier JS1, conçue par Michel Tetu. L'année suivante arrive la JS2, une GT élégante et racée, toujours dessinée par Michel Tétu. Parallèlement une barquette, la Ligier JS3, est lancée. Durant 5 ans, Guy Ligier va ainsi engager des voitures qui portent son nom. Avec plus ou moins de succès mais toujours avec le soutien du public.

Les années Bleu de France

1975 sera l'année du grand virage vers la F1. Cette année Matra arrête la compétition. Guy ne laisse pas passer cette occasion et récupère fin 1975 le budget de la SEITA, la régie française des tabacs, dont bénéficiait Matra jusqu'alors. L'écurie Ligier et ses voitures arborent désormais le bleu Gitanes. Et en particulier la dernière née, une F1, la JS 5, qui doit beaucoup au talent de Gérard Ducarouge. Jacques Laffite, champion d'Europe de F2, hérite du volant et signe son premier Grand Prix en Suède en 1976 avec une JS 7. Une victoire 100 % française (voiture/moteur/pilote), une première depuis 1950 qui fera pour toujours de Jacques Laffite le pilote fétiche de la marque et le complice du patron ! Si Jacques Laffite est le premier pilote à donner une victoire en Grand Prix à la marque, Olivier Panis en sera le dernier, en 1996, au Grand Prix de Monaco. La monoplace, la JS 43 porte toujours le nom de Ligier, mais l'écurie n'est alors plus sa propriété. Elle a échoué aux mains de Flavio Briatore. Elle finira rachetée par Alain Prost en 1997 sous le nom de Prost GP jusqu'à sa mise en liquidation judiciaire en 2001.

Ne jamais déposer les armes

Durant vingt années Guy Ligier avait lutté pour donner vie à son rêve avec passion et acharnement. Il avait connu le succès autant que les difficultés de tous ordres malgré l'amitié précieuse de François Mitterand. Il n'avait jamais baissé les bras, mais en 1992 il passe la main. Il se retire de la compétition assailli par les difficultés financières. Il se consacre à son autre activité de constructeur initiée dans les années 80, celle des voitures sans permis. Une activité que son fils puis son petit-fils développeront avec beaucoup de réussite.

Cependant, durant ses plus de dix années de « retraite » la passion du sport automobile n'a jamais quitté Guy Ligier. Il revient régulièrement sur la scène publique, souvent avec éclat, pour mobiliser les énergies et soutenir le circuit de Magny-Cours. Et à 74 ans, en 2004 le constructeur fait son retour dans le monde de la compétition. Il reprend sur le circuit de la Nièvre, l'équipe et les ateliers de Tico Martini, son ami de longue date, et il se lance dans la construction de ses premiers sport-prototypes de catégorie CN, les JS49.

C'est en 2014 qu'il voit son nom faire son retour en haut de l'affiche de l'endurance avec la naissance d'une LM P2, la Ligier JS P2, sous la houlette de Jacques Nicolet, un chef d'entreprise passionné lui-aussi qui se met en tête de faire revivre la marque au plus niveau. Avec succès.

Tout au long de sa carrière Guy Ligier, dont l'histoire est à jamais attachée à celle du circuit de Magny-Cours et à la couleur bleu de France, aura réussi à rebondir face aux difficultés, à marquer le sport automobile de son empreinte et à entrainer ses hommes dans son sillage. Ses hommes, comme on le dit d'un patron ou d'un chef de guerre.